Y aura-t-il une nouvelle «ruée vers l’or» sur le krill?

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Par Dr David Agnew, Directeur de l’équipe Référentiels au MSC.

 «Que se passerait-il si la pêche au krill se développait soudainement sans aucun contrôle?» Qui pourrait empêcher une armée de bateaux de se ruer sur l’Antarctique pour y pêcher tous les krills présents ?

Depuis les années 1990, on entend parler d’une augmentation massive de la pêche au krill à venir, mais à ce jour, il n’en est rien, et ce, pour deux bonnes raisons. A travers ce témoignage, je souhaite vous expliquer pourquoi, d’un point de vue légal et scientifique, ce scénario n’arrivera pas, et pourquoi, d’un point de vue économique, cette ruée massive vers le krill n’est tout simplement pas plausible.

Pourquoi la pêche au krill dans l’Océan austral ne peut pas se développer ?

La Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) a été créée en 1982, précisément pour empêcher l’expansion non réglementée de la pêche (y compris celle du krill) dans l’Océan Austral. Il s’agit d’une convention internationale signée entre 25 pays visant à préserver les écosystèmes marins en Antarctique. Elle compte parmi ses membres la plupart des pays pratiquant la pêche hauturière et presque tous les signataires du Traité sur l’Antarctique,  tous ceux qui pêchent le krill : le Chili, la Chine, le Japon, la Corée et la Norvège. La Commission n’interdit pas la pêche, à condition qu’elle soit effectuée d’une manière durable. Le principal objectif de la Convention est de préserver l’environnement tout en permettant de pêcher en quantité rationnelle.  Elle exige que l’impact de la pêche sur l’écosystème soit pris en compte et minimisé.

Des quotas très bas qui protègent les phoques et les manchots

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À l’heure actuelle, le quota pour les krills est fixé à 620 000 tonnes,  ce qui ne représente qu’1% du stock total estimé. À l’heure actuelle, les pays qui opèrent dans la région capturent moins d’un tiers du quota, si bien que le total des captures avoisine le tiers des 1% du stock total.  Dans les années 1980, les prises totales atteignaient leur maximum avec seulement 500 000 tonnes.

La CCAMLR pourrait fixer un quota plus élevé, (au-dessus de 620 000 tonnes), seulement si ses signataires s’accordaient pour séparer les quotas entre les très petites zones de pêche côtières et les plus grandes zones au large, et seulement jusqu’à un total maximum de captures de 5,6 millions de tonnes (soit moins de 10% des 60,3 millions de tonnes de krill présents dans l’Atlantique sud), laissant ainsi la majorité des krills aux poissons,  oiseaux et mammifères.

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Cette séparation permettrait de limiter les captures à proximité de colonies de manchots et de phoques. Même si, avec la limite actuelle de
620 000 tonnes, la concentration des captures dans une seule zone est déjà limitée grâce aux quotas individuels appliquées dans chacune des 4 sous-zones : les îles Shetland du Sud, les îles Orcades du Sud, l’île de la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud). Donc, si les quotas étaient amenés à augmenter au-delà des 620 000 tonnes, la majorité des captures se feraient au large, loin des colonies de prédateurs, et là où les essaims de krills sont beaucoup moins denses. Et dans la pratique, ça ne serait pas rentable pour les navires de pêche. Donc, il est fort probable que le quota reste fixé à 620 000 tonnes pendant un certain temps. Gardez en tête que la zone 48 est presque trois fois plus grande que l’UE. Pêcher le krill en pleine mer n’est tout simplement pas viable économiquement, parce les bancs y sont trop dispersés.

La CCAMLR réglemente de près la capture de krill grâce à des observateurs à bord et des satellites de surveillance. Toute demande pour intégrer la pêcherie doit être notifiée à la Commission six mois avant le début de la saison. Si la pêche a lieu trop près d’une limite régionale, la pêcherie peut être fermée. La CCAMLR est reconnue pour être parmi l’un des meilleurs systèmes de gestion internationaux. L’agrandissement d’une pêcherie ne serait tout simplement pas possible sans contrôle rapproché de la CCAMLR afin de respecter les recommandations scientifiques pour les quotas.

La pêche au krill et les questions d’ordre pratique

Parfois, les gens me demandent ce qu’il arriverait si un pays ou une société décidait d’envoyer illégalement des bateaux ? Là aussi, des raisons pratiques et économiques empêchent la pêche illégale de krill de soudainement exploser. Tout d’abord, amener un bateau en Antarctique coûte énormément d’argent (vous devez avoir un bon business plan pour pouvoir le faire !). Enfin, la pêcherie de krill est active depuis des décennies. Les prises les plus importantes remontent aux années 80 : entre 400 000 et 500 000 tonnes par an, pêchées principalement par l’ex-URSS, où le marché de la pêche était très différent d’aujourd’hui. Depuis cette date, les captures n’ont augmenté que très progressivement entre 100 000 et 200 000 tonnes par an. S’il devait y avoir une « ruée vers l’or », elle aurait eu lieu il y a bien longtemps.

La majorité de la pêche illégale concerne les petites captures de poissons à forte valeur ajoutée (comme le thon). Les captures illégales de gros volumes telles que le krill ne sont pas inexistantes, mais très peu probables. Les krills sont incroyablement difficiles à attraper intacts : ils sont très délicats, et un processus d’auto-digestion très rapide commence dès qu’ils meurent. Si vous les laissez en tas sur le pont, ils se décomposent en quelques minutes.

Donc, il ne s’agit pas juste d’investir dans de nouveaux filets. Croire qu’une flotte entière pourrait se rééquiper, naviguer jusqu’en Antarctique et y pêcher de gros volumes de krills, n’est tout simplement pas envisageable. Les mesures juridiques mises en place par les pays de la CCAMLR et leurs modalités d’applications très strictes, impliquent que le krill est en de très bonnes mains. DA

David-Agnew-MSC

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