Le krill, la pêche et les manchots

 Marching gentoo penguinsDr David Agnew, directeur de l’équipe Référentiel du MSC, s’intéresse aux conséquences de la pêche du krill sur les populations de manchots.

Le krill, une minuscule créature s’apparentant à la crevette, fréquemment utilisée dans les compléments d’huile de poisson due à sa haute teneur en Omega 3, a été le sujet d’importantes discussions au sein des communautés environnementales.

Après s’être intéressé au devenir de la pêche du krill, David Agnew se penche aujourd’hui sur les conséquences que peut avoir cette pratique sur les populations de manchots.  L’enjeu étant de déterminer si elle est susceptible de représenter une menace pour ces populations.

1. Les populations de krill sont-elles en déclin ?

Des recherches datant du milieu des années 2000 indiquent que les populations de krill de la péninsule An illustration of a Euphausia Superba AKA Antarctic krillAntarctique ont significativement diminué depuis la fin des années 70. Certains scientifiques associent ces diminutions au déclin des populations de manchots observé sur la même période, et supposent que la cause commune à ces deux évolutions serait la pêche du krill.

Cependant, les faits sont en réalité bien plus complexes que cette simple supposition. De récentes recherches indiquent que les populations de krill sont en fait principalement influencées par les cycles océaniques et atmosphériques décennaux.

De ce fait, le pic observé au cours des années 1970 dans les précédentes recherches pourrait simplement correspondre à une augmentation inhabituelle des populations de krill. Si l’on tient compte de ces cycles, le stock de krill devrait aujourd’hui être relativement similaire à son niveau de 1920-1930.

D’autres études réalisées sur  la péninsule Antarctique n’ont, quant à elles, pas mené au constat de déclin reporté par certains scientifiques (notamment  Richard Atkinson) dans les années 2000. La population de krill aurait-elle diminué plus récemment, durant la dernière décennie ? Là encore, aucun changement marquant n’a été reporté depuis l’étude des années 2000, qui estime la population de krill d’Atlantique à 60 millions de tonnes.

2. Le déclin des populations de manchots est-il lié à la disponibilité en krill ?

Les dynamiques des populations de manchots sont complexes, pendant que certaines tendent à décroître, d’autres augmentent.  Le constat prédominant qui en découle attribue ainsi aux  changements qui affectent les populations de krill et de manchots, des causes liées aux cycles océanographiques et au changement climatique, pas à la pêche du krill.

Les membres de la Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) surveillent annuellement le taux de reproduction des manchots de l’Atlantique sud, et n’ont jusqu’à présent détecter aucun impact de la pêche locale du krill, même quand elle a lieu à proximité des colonies de manchots surveillées.

3. Doit-on blâmer la pêche du krill ?

La CCAMLR, l’organisation qui gère la pêche du krill en Antarctique, est largement considérée comme la plus précautionneuse des organisations gérant la pêche en haute mer. Des mesures ont d’ailleurs été mises en place pour préserver un nombre suffisant de krills pour les espèces prédatrices. Par exemple, l’an passé les captures totales représentaient moins de 0,5% de la population totale (environ 62 millions de tonnes). Pour comparaison, on estime que les prédateurs consomment au moins 20 millions de tonnes de krill par an. Les captures totales actuellement autorisées pour l’ensemble de l’Atlantique sud représentent  1% de la taille de la population soit 0,62 millions de tonnes. Les captures de la Péninsule Antarctique sont elles limitées à 0,25% de la population du sud de l’Atlantique soit à 155 000 tonnes.

Quelque soit la mesure utilisée, les captures restent extrêmement faibles lorsqu’on les rapporte au niveau de population de krill. Il n’est donc pas surprenant que la majeure partie des études concluent que la pêche du krill n’a aucun impact sur les populations de manchots.

Nous parlons ici des faibles captures comparées à la population totale de krill, mais les critiques comparent souvent la pêche au krill à un aspirateur. Pourquoi cette analogie ? Il y a une part de vérité dans cette comparaison :  les bateaux de pêche pompent les krills hors du filet pour éviter qu’ils ne s’écrasent. Mais il est important de garder en tête l’échelle à laquelle nous raisonnons. Si nous imaginons que l’intégralité de l’Océan Austral (CCAMLR) rétrécit jusqu’à atteindre la taille d’une maison, l’« aspirateur » de Aker Biomarine serait minuscule : un million de fois plus petit qu’un point, seulement quelques atomes de long !

Pris ensemble, les faits sont évidents : la population de krills et les populations de leurs prédateurs, les manchots, les phoques et les baleines ne sont pas influencés par la pêche au krill. Les captures de krill sont si faibles comparées à la population globale, qu’elles s’avèrent être insignifiantes.

Cependant, la CCAMLR n’en diminue pas ses efforts pour autant. Bien connue pour être extrêmement vigilante sur les impacts de la pêche sur les écosystèmes marins, des rapports réguliers sont rédigés par la Commission, et les scientifiques ne cessent de surveiller l’état des populations de krills, de manchots, de phoques et de baleines. Ceci, pour assurer un futur durable aux populations de krill, et au complexe mais merveilleux écosystème qui en dépend.

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