Certains engins de pêche sont-ils plus durables que d’autres ?

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Shaun McLennan, nouveau membre de l’équipe pêcheries du MSC, nous explique pourquoi il n’est pas simple de faire la différence entre la durabilité de divers engins et les méthodes de pêche.

Avant de rejoindre le MSC en février 2016, j’ai travaillé 3 ans pour le gouvernement du Royaume-Uni comme gestionnaire des pêches. Une de mes tâches était d’évaluer l’impact de différentes techniques de pêche sur les environnements marins protégés. Avec les nombreuses techniques de pêche qui existent, la réponse à la question « Quelle méthode de pêche est la moins impactante sur l’environnement ? » n’est pas aussi simple que cela semble paraître.

Tout est une question de contexte

Toutes les techniques de pêche ont un impact sur l’environnement, mais le niveau d’impact dépend d’un ensemble de facteurs. Cette simple question ouvre la porte à de nombreuses autres questions, par exemple :
Est-ce que la pêche laisse assez de poissons dans l’océan pour leur permettre de se reproduire et de maintenir leur population en bonne santé ? Y-a-t-il beaucoup d’espèces capturées ou blessées accidentellement et est-ce que cela représente une menace pour leur survie ? Combien de temps un habitat impacté met-il à se reconstituer ? Avons-nous assez de données pour comprendre les impacts de la pêche ?

S’il est vrai que les engins de pêche tractés sur le fond, tels que le chalut de fond ou la drague, sont souvent associés à un impact sur les fonds marins, en réalité toutes les techniques de pêche ont un impact sur l’environnement :
la pêche à la ligne par exemple, a certes moins d’impact sur les espèces vivant sur le fond (espèces benthiques), mais si elle est très utilisée, cette technique peut mener à la surexploitation et à l’épuisement d’espèces importantes. Même si généralement on ne pense pas à leur impact sur l’habitat benthique, les lignes, casiers ou filets perdus ou jetés peuvent avoir des impacts à long-terme sur les écosystèmes marins sensibles, car ils continuent à capturer des animaux, c’est la « pêche fantôme ».

Qu’est-ce que le chalutage ?

Le chalut de fond à panneaux

1. Filet en forme d’entonnoir, 2. Cul de chalut : terminaison étroite du filet, 3. Panneaux permettant de maintenir le filet ouvert, 4. Flotteurs attachés à la partie supérieure du filet, 5. Roues en caoutchouc ou billes métalliques pour lester le filet 6. Câbles de traction.

©MSC/Pablo R. Benitez

Le chalutage est une technique de pêche courante, qui permet de capturer des volumes conséquents de poissons vivants en banc, bien en dessous de la surface.

Cette méthode de pêche consiste à tirer un filet à l’arrière d’un ou plusieurs navires. Le filet est appelé chalut. Le chalutage peut être fait avec différents types d’équipement (ou engins de pêche).

Il y a trois principaux types de chalut :

  • Les chaluts en pleine eau ou pélagiques, ils n’entrent pas en contact avec le fond marin.
  • Les chaluts semi-pélagiques, ils sont tractés à proximité du fond marin et peuvent parfois entrer en contact avec.
  • Les chaluts de fond, ils sont en contact avec les fonds marins.

Leur impact sur le fond varie beaucoup en fonction de leur poids et de leur taille, de la zone «balayée» et du temps de chalutage et de contact avec le sol.

De plus, les conséquences écologiques du chalutage peuvent varier considérablement en fonction du type et de l’état de l’habitat où a lieu la pêche ; Par exemple, le chalutage en eau peu profonde sur des sables très mobiles aura un impact très différent d’un chalut de fond opérant sur des sols vaseux profonds ou sur des zones de coraux d’eaux froides dont la croissance est lente.

Les technologies modernes, élaborées pour réduire les impacts sur l’environnement et limiter la consommation d’essence lors du chalutage, ont fortement modifié les chaluts ces dernières années. Par exemple, les cordes lestées utilisées pour maintenir le filet sur les fonds marins ont été remplacées par des «Rock hoppers» – des roues en caoutchouc qui permettent au filet de sauter et survoler le fond marin, réduisant le temps de contact et l’impact de l’engin sur le sol.

D’autres modifications, comme le changement de la taille des mailles, ou la mise en place de «trappes d’échappement» ou de grilles de tri, aident à limiter les prises accessoires. Il est essentiel d’assurer la durabilité de la pêche, mais aussi de réduire la quantité de captures involontaires remontées à bord, dont la valeur commerciale est souvent faible.

Les pêcheries certifiées MSC adoptent des pratiques plus durables

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La pêcherie de merlu au chalut d’Afrique du Sud

Les pêcheries certifiées MSC démontrent comment la modification des engins de pêche et une gestion précautionneuse peuvent entraîner une plus grande durabilité de la pêcherie.
Par exemple, la pêcherie de merlu au chalut d’Afrique du Sud opère seulement dans des zones délimitées et il est strictement interdit de pêcher dans des zones vierges, de telle sorte que les habitats fragiles soient protégés. La pêcherie de merlu utilise des banderoles pour effrayer les oiseaux afin d’éviter qu’ils ne s’emmêlent dans les filets, réduisant de 99% la mort des Albatros. Aussi, elle s’est investie dans un programme de recherche et de surveillance pour cartographier les habitats fragiles afin de mieux comprendre comment les fonds marins se reconstituent après le chalutage.

La pêcherie de Hoki au chalut de Nouvelle Zélande certifiée MSC est un autre exemple, prouvant que le chalutage de fond peut être durable. Le chalutage de fond est interdit durant la période de ponte, c’est le chalut pélagique qui est utilisé à la place. Une surveillance et une gestion attentive des stocks de poisson ont permis à ces populations de plus que doubler depuis 2001. En 2007, avec le soutien du secteur de la pêche, la Nouvelle Zélande a fermé 1.25km² (30%) de ses eaux au chalut de fond, créant la plus grande zone dans le monde fermée à ce type de pêche.

Les pêcheries norvégiennes de cabillaud en mer de Barents sont encore un autre exemple. Ces pêcheries certifiées MSC ont mis en place de vastes contrôles et initiatives de cartographie, dont  le programme MAREANO et la collaboration PINRO-IMR. Ces pêcheries évitent activement les zones d’habitats fragiles, en pêchant dans des «couloirs» prédéterminés lorsque la capture de poissons à lieu à proximité du fond de l’océan.

Les exigences pour obtenir la certification MSC

Pour toutes les raisons expliquées ci-dessus, le MSC ne préjuge pas de la durabilité des différents engins de pêche. A l’exception de l’utilisation des explosifs et du cyanure, tous les types d’engins de pêche peuvent être évalués selon le Référentiel Pêcheries du MSC. L’évaluation porte sur les résultats. Des experts et des évaluateurs indépendants analysent au cas par cas les impacts d’un engin de pêche particulier, sur un environnement donné et dans le cadre d’un système de gestion et de réglementation spécifique.

Pour être certifiée, une pêcherie doit être bien gérée, pêcher de manière à assurer la santé des populations de poissons et ne pas causer de dommages irréversibles sur l’environnement. Là où des améliorations sont possibles, des conditions de certification obligent les pêcheries à développer de nouveaux moyens de gérer et de limiter leur impact sur l’environnement marin.

Le MSC améliore également la façon dont sont évalués les impacts sur les habitats. Par exemple, la nouvelle version du Référentiel Pêcheries du MSC introduit des exigences spécifiques pour les habitats marins très fragiles, appelés Écosystèmes Marins Vulnérables.

Note sur les océans profonds

Il n’y a pas une seule définition de «pêche en eaux profondes». La FAO considère que les espèces vivant en dessous des 200 mètres sont des espèces d’«eaux profondes» ; Le Conseil International pour l’Exploration de la Mer (CIEM) estime la limite à 400 mètres, tandis que la Commission Européenne définit la pêche en eaux profondes en fonction des espèces pêchées. Généralement, les espèces d’eaux profondes sont caractérisées par une croissance lente, un faible taux de reproduction et on les rencontre fréquemment dans les océans profonds.

Plutôt que de mener une évaluation en fonction de la profondeur exploitée, le Référentiel MSC adopte une approche écosystémique, considérant l’ensemble des caractéristiques propres à chaque pêcherie, écosystème et gouvernance.

Assurer une amélioration continue

En conclusion, aucune pêche n’est sans impact. Ce qui est important de prendre en compte c’est l’ampleur de ces impacts, leur réversibilité et la manière dont ils sont gérés. La réglementation gouvernementale, les avancées technologiques et la demande croissante en produits de la mer durables contribuent ensemble à l’évolution et à l’amélioration de la durabilité des pratiques de pêche.

En choisissant les produits labellisés MSC, vous encouragez les pêcheries à s’améliorer en intégrant les exigences élaborées par le MSC et vous participez à assurer la santé des océans pour aujourd’hui comme pour demain.

En savoir plus sur la pêche durable >

Shaun McLennan

Shaun McLennan est responsable d’évaluation de pêcheries pour l’équipe Référentiel Pêcheries du MSC. Il est originaire d’Afrique du Sud et a travaillé dans la politique maritime et de la pêche durant 5 ans.

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